Le Kalahari et le Karoo ... sous la pluie
 

Mars 2000 : nouveau séjour dans les zones les plus arides de l'Afrique australe pour compléter les données accumulées depuis 18 ans déjà.

Deux objectif à ce voyage :

  • saisir l'arrivée des pluies
  • permettre à Pierre -7 ans- de découvrir l'Afrique.

Ces deux objectif vont être plus que satisfaits : le Kalahari -comme toute l'Afrique australe- connaît sa meilleure saison des pluies de mémoire d'homme, et Pierre fera chaque jour des photos et des courts textes qu'il enverra par email à ses camarades de CP restés en France.


Un troupeau d'oryx en bordure d'un pan

  Un "pan" est une dépression argileuse qui se remplit d'eau lors de pluies exceptionnelles. Ce pan, situé sur une réserve privée près de Kimberley ne s'était pas rempli depuis 1992. Les oryx sont des antilopes adaptées à la vie dans les déserts les plus arides. Ils pâturent d'habitude l'herbe courte du fond du pan. La montée des eaux les a déplacés vers des zones où l'herbe est plus haute. La plupart d'entre eux voient une surface d'eau pour la première fois de leur vie.

Les propriétaires de la réserve ont récupéré un jeune caracal dont la mère avait été tuée par un éleveur dont elle croquait les moutons. Ce jeune caracal a été nourrit au biberon ; normalement il garde ses distances avec les humains, mais Pierre réussit à se faire accepter.

Ce caracal a gardé tout son instinct de chasse ; les canards qui nagent sur le pan l'intéresseraient bien ... sauf qu'il a horreur de se mouiller les pattes. Tant pis pour les lièvres et les écureuils fouisseurs qui constituent la base de son régime !

Une jeune autruche que Pierre n'a pu approcher qu'à force de patience. Les autruches sont très fantasques. Elles sont aussi bien capables d'être très peureuses et de fuir à toutes jambes au moindre geste, que d'être curieuses et venir béqueter les cheveux, les oreilles ou les vêtements pour vérifier s'ils sont comestibles.

 


Vallée de l'Auob. Dans le Kalahari-Gemsbock National Parc, l'eau ne coule en moyenne qu'une fois tous les 10 ans dans la vallée de l'Auob. Cette année, la rivière a coulé a deux reprises avec des débits importants. Cette eau ira renouveller la nappe souterraine stockée dans le lit fossile de la rivière. Les grands acacias qui peuplent la vallée peuvent maintenant faire face a 10 ans ou plus de sècheresse sans craindre pour leur approvisionnement en eau.

En réaction aux pluies exceptionnelles, les acacias se sont couvert de fruits. Chaque arbre produit plusieurs centaines de kg de gousses. Lorsqu'elles seront mûres, ces gousses vont tomber au sol. Dans l'air sec du Kalahari, elles se conserveront jusqu'à la prochaine saison des pluies et constitueront un appoint de nourriture pour les différentes espèces d'antilopes.

La souris arboricole (Thallomys paedulcus) vit dans les acacias. Elle y trouve le gîte (un nid dont elle protège l'accès avec des branchettes épineuses), le couvert (feuilles et bourgeons) et la boisson (elle lèche la sève). Ces souris ne descendent de leur arbre que pour en changer, lorsqu'elles quittent le nid où elles sont nées ou lors du rut.


Troupeau de springboks

 

Les springboks apprécient les jeunes herbes tendres et nutritives. L'arrivée de la pluie a provoqué un oestrus généralisé de toutes les femelles. La synchronisation des naissances qui s'en suivra est un adaptation pour limiter l'effet de la prédation par les guépards, les hyènes et les chacals.

 


Orage en fin d'après-midi à Augrabie Falls

  Deux types de pluie tombent dans le désert. Les bushmen les appellent la pluie mâle et le pluie femelle.

La pluie femelle, c'est un plafond nuageux bas et uniformément gris, accompagné d'une pluie fine qui tombe pendant des heures. Cette pluie mouille la terre en profondeur et fait pousser l'herbe.

La pluie mâle, la plus fréquente, ce sont de gros orage localisés qui déversent de façon erratique de violentes averses ; cette eau ruisselle en emportant le sol ; dès l'orage passé, la chaleur de l'été dessèche les plantules qui ont commencé à germer. La pluie mâle a des effets très incertains sur la végétation. Et surtout ces orages s'accompagnent d'éclairs redoutables qui tuent bêtes et gens. Selon les zones, il tombe de 5 à 20 éclairs par km2 et par an.

L'orage a abandonné une flaque dans un creux d'un pluton granitique. Les lentilles d'eau qui colonisent brièvement cette mare sont le seul signe de végétation dans cet univers autrement minéral.

Une touffe de graminée a trouvé à s'enraciner dans une fissure à l'abri d'un bloc erratique.

Au fond d'un canyon, l'Orange -seule rivière permanente du sud-ouest de l'Afrique, roule ses eaux limoneuses.

 

 

Sols mosaïques, façonnés par le vent et le soleil dans le Karoo

 

Dans l'ouest du Karoo, les lis de mars (Brunsvigia bosmaniae) fleurissent en masse juste après les pluies d'été.

Une composée fleurit isolée sur le sol rocailleux. Comment expliquer sa solitude ?

Calvinia. Une petite ville du Karoo, créée il y a à peine 150 ans. Une ville dont le nom exprime les convictions religieuses des colons blancs qui l'ont créée. Une ville où blancs, hottentots et noirs se cotoyent. Une ville où l'apartheid a régné jusqu'en 1994. Une ville où il faut réapprendre à vivre entre citoyens égaux quelque soit leur race. Sur la route de l'école, un mur peint par les enfants, et qui exprime leurs rêves, leurs ambitions. Sur un panneau, deux enfants -noir et blanc- tiennent ensemble un cerf-volant aux couleurs de la nouvelle Afrique du Sud. Derrière eux les montagnes du Karoo, coiffées d'un petit nuage. Sur le côté, des fleurs et un slogan politique : "une seule nation".